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LE POIDS DES MOTS

LE POIDS DES MOTS...

Jeudi 13 septembre 2012

 

 

 

Je discute avec un de mes professeurs.

 

Nous parlions de l’actualité internationale. Pis, j’aborde une question en lien avec le « régime américain ». Mon prof rétorque : « Comment ça régime américain? Vous voulez parler de l’administration américaine? » Je réponds : « Oui, le régime américain. » « Je ne vous suis pas », me dit-il et d’ajouter : « Vous faites allusion au gouvernement américain, je veux dire, l’administration Obama? » Moi, je campe : « Oui, ce régime-là. » Et lui de rétorquer : « Mais voyons Patrick, ce n’est quand même pas un régime... »

 

Si je fais allusion à cette anecdote, c’est pour attirer l’attention sur le poids des mots.

Car les mots et expressions que nous utilisons très souvent ont un rapport direct avec notre état d’esprit.

 

Ainsi, il est, par exemple, normal pour les Occidentaux─ et certains Africains ayant l’esprit endoctriné par le discours dominant ─ de désigner certains gouvernements « ennemis » de l’Occident, comme étant « des régimes ».

 

Régime iranien, syrien, chinois, russe, vénézuélien, etc.

 

Mais quand il s’agit des Occidentaux, on parle de gouvernement, administration mais jamais de « régime ».

Le mot à la mode maintenant, c’est « terroriste ». Ils ont une particularité les terroristes :

ils sont musulmans.


 Bon, lorsqu’il s’agit d’un Occidental, on parle d’extrême-droite, ça sonne mieux.

 

Le mot s’étend également à tout mouvement qui lutte contre l’impérialisme occidental.

 

Aux individus qui dénoncent l’impérialisme, comme moi, par exemple, on utilise des mots tels que « radical », « extrémiste »...

 

Pourquoi? Parce que la vérité sonne, avant tout, blanche.

 

Au point qu’on se voit taxé de tous les noms d’oiseaux lorsqu’on ne fait que relever des faits qui vont à l’encontre du discours imposé par la communauté des élites.

 

Beaucoup d’Africains savent que les États-Unis et l’Europe sont gouvernés par des individus cyniques, responsables de la mort de millions de personnes (surtout africaines), mais jamais, un Africain n’osera utiliser le mot « terroriste » à l’endroit d’un Bush, d’un Blair, d’un Obama, etc.; le discours [dominant] du colon a défini les limites du discours acceptable.

 

Le nègre l’a compris et intériorisé religieusement.

 

En revanche, Lumumba, pour certains de ces Africains, était fou; Kadhafi, un diable et un terroriste; Bokassa, un mangeur d’albinos; les hutus dans leur ensemble, des génocidaires, alors qu’on n’a jamais dit des tous les Allemands qu’ils étaient des Nazis.

 

Les dirigeants latino-américains comme Chavez, Correa et Morales sont des « populistes » alors qu’Obama, même au sommet de sa gloire, en 2008, n’avait jamais été décrit comme tel.

 

Pour les Africains, les dictateurs, les grands braqueurs et les génocidaires ne vivent qu’en Afrique et pas en Occident.

 

Ces diables-là ont la peau noire.

 

N’a-t-on pas vu des Africains s’attarder sur le caractère soi-disant « diabolique » de Kadhafi au moment même où l’OTAN massacrait des femmes et des enfants libyens? Et lorsqu’on aborde un sujet délicat qui ne cadre pas avec le discours des « maîtres », ces Africains aliénés brandissent, comme leurs "maîtres" le qualificatif de « Théorie de complot ».

 

Ils sont fiers de dire à leurs enfants que Diego Cao a découvert l'embouchure du Congo ─ comme si cette partie du pays n’existait pas avant l’arrivée de cet individu; que Christophe Colomb a découvert l’Amérique ─ comme si les Amérindiens n’existaient pas avant l’arrivée des barbares européens.

 

Pour cette catégorie d’Africains, la vérité ne peut provenir d’un noir, disons d’un Africain.

 

Même après l’occultation volontaire, par l’Occident, de la tragédie que vivent les populations congolaises, depuis 1996, il y a encore des Congolais qui s’offusquent lorsque l’on critique le système impérialiste occidental!

 

Comme l’a si bien relevé Cheick Anta Diop:

 

« on ferme les yeux, on ne voit pas les évidences. On compte sur votre complexe, votre aliénation, sur le conditionnement, les réflexes de subordination, et sur tant d’autres facteurs de ce genre. »

 

Voilà pourquoi je suis pour les uns, un « extrémiste », un « anti-occidental » et pour les autres, une personne qui voit des méchants partout!

 

Dans le subconscient de certains nègres, il ne faut pas remettre en question le discours dominant.

 

Je dois me taire pour ne pas passer pour un extrémiste.

 

Nous sommes dans un monde où les valeurs ont été inversées. Ainsi, être idéaliste vous fait passer pour un fou.

 

Ce que nous fûmes a été complètement déstructuré par l’hégémonie culturelle occidentale dans laquelle baignent la plupart d’entre nous.

 

Les antivaleurs d’hier sont devenues la norme aujourd’hui.

 

Lorsqu’on dénonce les dérives de l’ultralibéralisme tout puissant, on entend des Africains dire que les « États n’ont pas d’amis, mais seulement des intérêts. » 

 

Oui, cela est vrai en un sens, mais cette assertion, en elle-même, est contestable dans la mesure où elle légitime les actes barbares de ceux-là mêmes qui ont déporté des Africains dans les champs en Amérique et colonisé par la suite l’Afrique par la ruse et la violence.

 

En réalité, elle justifie l'injustifiable.

 

Nous devons nous interroger sur certains jugements de valeur.

 

Les intérêts doivent-ils nous pousser à cautionner le génocide et le pillage des autres peuples par les puissances de l’argent? Si oui, alors taisons-nous et cessons de nous plaindre lorsque ces puissances de l’argent pillent nos richesses et tuent nos femmes et nos enfants.

 

L’Abbé Jean-Pierre Mbelu a raison de souligner que « le poids de l’ignorance et de l’hégémonie culturelle occidentale a fini par “manger” plusieurs cœurs et plusieurs esprits » chez les Africains « au point de les rendre esclaves avec toutes les conséquences qui en découlent, dont l’incapacité de se laisser questionner par les faits de la réalité quotidienne. »

 

Le mal est beaucoup plus profond qu’on ne le croit. Il est en nous et vit en nous.

 

L’Africain est prêt à tout pour soulager sa conscience corrompue, sans qu’il ne le sache, par le discours des « maîtres ».

 

« Si je meurs demain, a dit un jour Lumumba, c'est parce qu'un blanc aura armé un noir

 

Oui, il l’a armé, pas seulement en lui fournissant l’arme du crime, mais aussi en attaquant sournoisement son mental...

 

 

 

Patrick MBEKO

Analyste-politique

Auteur du livre (Le Canada dans les guerres en Afrique centrale)

Ammafrica world team

 

 

Réseau des reflexions politiques (ReflexPO)

 

 

Amour-conscience-réparation

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13/09/2012
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