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FRANCOIS HOLLANDE POURSUIVI PAR LA CRISE

Le président poursuivi par la crise

Il y a comme une malédiction qui poursuit François Hollande : chaque fois que le président de la République prend la parole, il doit répondre à la même interrogation : a-t-il bien pris la mesure de la crise ?

Le 13 novembre, lors de sa première conférence de presse, c'était autour de la compétitivité que le questionnement était le plus vif. Dès l'été 2012, les difficultés rencontrées par Peugeot, obligé de fermer son site d'Aulnay, avaient créé comme un électrochoc dans l'opinion.

Les Français prenaient brutalement conscience de l'hémorragie industrielle du pays. Mais que de tergiversations autour du choc de compétitivité prôné par Louis Gallois ! "Peut être bien que oui, peut être bien que non", semblait dire le président, qui finalement topa pour un allègement de charges de 20 milliards d'euros. Ce n'était pas rien dans le contexte actuel mais perdit en effet d'entraînement, faute d'avoir été pleinement assumé.

Cette fois, c'est autour de la capacité du président de la République à sortir le pays de la dépression que se focalisent les interrogations. Par un hasard malheureux, l'Insee annonce l'entrée en récession du pays la veille du jour où il tient sa deuxième conférence de presse.

 

François Hollande s'était fait élire en escomptant une croissance de 1,7 % en 2013. Elle sera au mieux de zéro en fin d'année, comme il vient lui-même de le reconnaître. Autant dire que tout a changé depuis un an et que tout est à revoir.

Et pourtant, quelle constance de langage ! Aujourd'hui, à Bruxelles, François Hollande tient exactement le même discours qu'à son arrivée à l'Elysée : il réclame avec insistance un pacte de croissance européen, ramène les difficultés françaises à celles de tout un continent, assure que le pays a passé "le moment le plus difficile". Et tant pis si le contraire saute aux yeux : toutes les réformes douloureuses sont devant lui : Etat, collectivités locales, régimes sociaux, sur fond de chômage galopant et de surveillance bruxelloise.

Cette constance de langage est une proclamation : le refus du tournant de la rigueur qui avait tant coûté à François Mitterrand en 1983. Mais c'est aussi un pari qui relève soit d'un optimisme à toute épreuve, soit de la méthode Coué, soit de l'intime conviction que l'Europe, menacée par une grande vague populiste, finira par plier et faire ce qu'il réclame : la relance.

En attendant, rien ne garantit que lors de sa prochaine conférence de presse, il ne sera pas une nouvelle fois rattrapé par la crise. C'est ce qui s'appelle jouer en contre.

 

LE MONDE.FR



16/05/2013
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